compétition, Evénement

Un week-end d’anthologie au BreakOut Throwdown

Tu te souviens de tes soirées de détresse mentale où, pendant que tes parents mangeaient de véritables aliments (et sortaient les boutanges de la cave), toi tu étais dans la cuisine, devant un vieux bol de céréales ramollies, à comater devant Fort Boyard? Tu te souviens quand Passe-Partout trottait comme un perdu dans les travées de l’ancienne prison, pendant que Patrice Lafont, mèche au vent et blouson en similicuir brun, passait d’une épreuve à l’autre avec une certaine souplesse? Voilà, tu visualises? Bah c’est le genre de vision traumatisante qu’ont pu avoir un certain nombre de personnes fréquentant l’aéroport de Toulouse lundi dernier – les Frosties ramollis en moins. Le barbu, passant d’une porte d’embarquement à l’autre à grandes enjambées pendant que mon sac tactique, blindé jusqu’à la moelle, oscillait sur mon dos pendant que je perdais un poumon. Oui, Martine, nous avons failli rater notre avion. Parce que l’heure de pointe chez les costauds du Stade Toulousain commence potron minet. Remarque, ça fait une moyenne avec l’aller, où nous avons poireauté 3 heures dans l’aéroport de Caen à cause d’un brouillard annonçant l’arrivée des marcheurs blancs. Tout ça en se nourrissant d’amandes et en recrachant une boisson goût thé à la menthe dans un gobelet en carton de la taille d’un dé à coudre. Bref, je suis revenue dans mes pénates en mode Jane Fondue – c’est comme Jane Fonda, mais sans la prestance en justaucorps.

Mais au final, ces pérégrinations plus hasardeuses qu’un premier voyage à Poudlard ne sauraient entacher le week-end que nous venions de passer. Et tandis que je mâchonnais un muffin aux myrtilles cuisiné par Volotea à base de polystyrène et de cellulose, je me disais qu’il fallait que le monde sache : à Tarbes, il n’y a pas que des haricots, il y a le Breakout Throwdown – et là, les seuls aléas que tu peux expérimenter sont du ressort de la météo. Et, oui, il y avait du vent – mais pas de pétous (enfin, peut-être un peu, car qui dit shaker dit fuite de pipeline) – et aussi de la pluie, mais je ne serais pas vraiment normande si je ne me promenais pas constamment avec un k-way (autre option, si tu n’es pas normande, tu peux aussi être le grand roi du Pow-Wow et le chaman des nuages : Damien Colmet. Odin, tu es démasqué!). Mais comme dit Mamie Colette, « tu n’es pas en sucre » – et je ne faisais pas les WODs, ce qui permet franchement de relativiser. Ce qui ne m’a pas empêché de compatir avec les athlètes qui se faisaient une bonne douche, sans le bidon de Tahiti fleurs de monoï, lors d’un run vivifiant. Il fallait au moins ça pour se remettre des 3 tours de cal row et ski en synchro qui te poussaient le palpitant plus haut que lors de la résa d’un concert de Beyoncé. Tu ne me crois pas? Capture un/e pote et tente en 16 minutes :

40 cal row + 40 cal ski synchro
500 m run together
50 cal row + 50 cal ski synchro
500 m run together
max cal row + max cal ski synchro

Ah on regrette d’avoir repris de la tartiflette hier soir, hein? En sachant que cette petite douceur, c’était le second WOD. Parce que le premier, c’était le moment de découvrir si tu avais bien choisi ton/ta partenaire ou si votre relation était placée sous la protection que Xavier Dupont de Ligonnès et qu’un des membres de la team finirait stocké dans le congélo à côté de vieux pots de Carte d’or rhum-raisins.

Peut être une image de texte qui dit ’DROMIT BOT BREAKOUT WOD 1 X 1A: OPENING CHIPPER FOR TIME 5' A 50 cal row B: 200 DUs 30 partner clap push up 20 pistols squat airsquat Synchro Time (ou reps si non terminé) Score 2' rest TRANSITION AMRAP 5' Aartion Buy-in, cap 2min Partner A 5 wall walk Partner Ð 10m hswalk AMRAP remaining time 8 Toes To Bar to Share Single Arm KB Clean Jerk Synchro Poweredby DANONE HiPRO’

Est-ce que j’ai du mal à appréhender les motivations des gens qui mangent ce parfum de glaces? Assurément. Est-ce que j’aurais bien aimé tester ce WOD? Indubitablement. Et, si on doit faire preuve de minutie – toujours pratique pour faire disparaître de l’ADN – les partner push-ups piquent ma curiosité. Dieu merci, aucune équipe n’a transformé le 1A en championnat du monde de tartes dans la tronche. Ca aurait fait désordre. Mais en parlant de championnat du monde, le Breakout, ce n’est pas seulement du CrossFit®. C’est surtout une grosse fiesta du fitness – un peu en mode boum avec du FitAid (et une estafette avec des bières – fournissant des oligo-éléments bienvenus après une âpre journée à woder ou à courir après les athlètes pour immortaliser leurs plus belles grimaces).

Ainsi, April O’Neil a pris sur elle (il n’a pas fallu beaucoup insister) pour plus ou moins tout tester : du stand de réflexologie – paradis des corps stressés et des comptes OnlyFans spécial fétichistes – aux bottes de pressothérapie chez Jolt en passant par l’initiation au bras de fer. Initiation qui n’a qu’un but : conquérir un titre auprès de mes collègues du coworking à coups de pulvérisation de la coiffe des rotateurs. Oui, on fait des bras de fer au coworking. On joue aussi à la pétanque – ça change de ton open-space avec une moquette grise qui pue la pisse de chat et les TUC écrasés, hein?

D’accord, en toute transparence, je n’ai pas testé le strongman. J’ai laissé les grands messieurs et les grandes dames tirer des camions, chaussés de pompes d’escalade (oui, oui, on a demandé confirmation), soulever des boules d’atlas plus lourdes que mon estomac après l’ingestion de gluten, et faire des farmer-carries durant lesquels les poids transportés équivalent plus à l’ensemble de la famille du fermier plutôt qu’à quelques bottes de paille. D’ailleurs, ces grands costauds, entre deux performances qui te font relativiser quant à ton dernier PR, n’ont pas hésité à venir tenter le bras de fer. Aucune ambulance n’a été sollicitée.

Et si tu voulais juste chiller, tu pouvais te poser sur un des transats aux couleurs de la compet (qui ne rentraient même pas dans ma valise – une honte) pour mater le grand écran qui retransmettait la compétition – et les barres de forain du 1 rep max cluster du WOD 3. Ou alors, tu pouvais aussi tenter de flirter avec ton autorisation de découvert en tentant la combustion de CB sur un des stands, tout en dégustant une tarte au citron vegan. Parce que, oui, amis des animaux, tu as aussi ton food truck dédié.

Après 3 WODs, il était temps d’aller tester la pression de la douche et les tapas de Chez Marcel, avant de revenir pour le lendemain – avec le début des catégories. Parce que, je t’explique : lors de la première journée, toutes les équipes font les mêmes WODs, avec les mêmes mouvements. Lors du jour 2, en fonction du classement, les teams sont réparties en scaled, inter et Rx. Ce qui évite le butterfly en scaled et ce genre de farces.

Sur le WOD 4, ça donnait donc ça :

Oui, tu as bien lu. Le pull-over ce n’est pas le modèle du Roi Lion que ta mamie a trouvé dans le magazine Phildar et a tricoté pour ton Noël 1995. Non, c’est le truc qui consiste à faire une galipette arrière en jouant à frotti-frotta avec une barre de traction. Immanquablement, lorsqu’on le bosse à la box, je hurle comme une mouette sous acide tout en contractant mon transverse telle une femme en pleine descente d’organes. J’ai donc compati. Beaucoup. Même si ça a donné des photos fort intéressantes… Gniark gniark gniark.

En parlant de descente d’organes, le WOD 5 a vu poindre les heavy ropes. Là encore, j’ai compati. Mais en pleine folie des crossovers (je te parle du mouvement avec la corde à sauter, pas de la rencontre entre des personnages de deux séries de La Trilogie du samedi, tu te calmes Martine et tu débranches tout de suite ce magnétoscope), j’ai trouvé que c’était un choix intéressant – permettant de tester un mouvement challengeant sans tomber dans l’effet de mode. En fait, c’est à l’image, à mon sens, de l’ensemble de la prog (pensée par Benjamin Moreau de l’Association Française de Functional Fitness) de la compétition – et d’ailleurs, c’est revendiqué par l’orga : faire du CrossFit®, sans tomber dans le délire du « toujours plus ». Certes, c’est tentant d’introduire des mouvements inédits, une part de spectacle, mais parfois tu ne sais plus trop si tu fais des mouvements fonctionnels ou si tu vas partir dompter un tigre au zoo de Beauval. Là, on joue avec ce que le CrossFit® sait si bien faire : nous décoller la tronche avec des mouvements connus et maîtrisés.

Un autre aspect plaisant au Breakout? Tu signes pour faire une compet’ et tu fais toute la compet. Sauf si, potentiellement tu comptes les moutons derrière l’estafette à binouzes parce que tu as abusé du houblon. Mais si tu n’as pas envie que ton/ta binôme t’oublie sur une ère d’autoroute au retour – et te condamnes à une mort par ingestion de clubs sandwiches Sodebo au pain polaire, tu feras l’ensemble de la compet. Ce que je veux dire par là? Pas de cut, pas de finale : tous les compétiteurs sont partis pour 6 WODs. Et clairement, ça aurait été dommage de manquer ça puisque c’était un peu le bouquet final – sans les chihuahuas qui hurlent parce qu’ils ont peur des feux d’artifice.

Ca m’a semblé intéressant, là encore, de laisser le choix de certains mouvements. En termes de stratégie, ça peut avoir un impact et de prendre en compte les forces ainsi que les affinités des athlètes (oui, il y a des gens qui aiment les thrusters. Ca peut arriver et ce n’est pas une pathologie reconnue par la médecine du travail). D’autant que la préfatigue du shuttle run et des burpees sprints te fait arriver sur la barre d’haltéro avec la capacité pulmonaire d’un fumeur de Gitanes papier maïs. Ajoutons que c’était un WOD très complet, alliant cardio, gym et haltéro – bref de quoi finir la journée en beauté et de se demander si l’année prochaine, on reste dans les coulisses ou on tente une incursion sur le floor.

Dans tous les cas, le barbu et moi ne saurions trop vous recommander de venir tenter l’expérience : l’orga met les petits plats dans les grands pour les bénévoles et pour les 720 athlètes (oui, tu as bien lu), répartis sur les 2 floors du parc des expositions de Tarbes. Nous avons été accueillis comme des princes saoudiens, sans que personne ne nous demande d’acheter une équipe de foot. Un immense merci à Kevin et à toute l’équipe du BreakOut d’avoir rendu cette première expérience à Tarbes mémorable. A l’année prochaine 😉

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