Blablabla, Débuter

Tu as de la reprise?

Détends-toi, Patricia. Ce n’est pas parce que ça fait trois semaines que j’ai plongé dans les limbes de Microsoft Word que j’ai soudainement cédé aux appels d’Auto-Moto le dimanche matin. Cet équivalent virtuel d’un carnet Diddl ne va pas basculer dans la comparaison intensive des motorisations de la 205 GTI.

Bah non, Patricia, tu sais, j’étais engluée dans des dossiers fort abstraits, à traiter dans un délai bien trop concret. Après, j’ai fait l’équivalent nerveux d’une descente d’organes et j’ai passé trois jours à baver sur mon plaid en fourrure synthétique. Je suis désormais vaguement revigorée, même si mon gommage à base de poudre de perlinpinpin et de poils d’orteils de Hobbits n’arrive pas à venir à bout des boutons qui ont poussé sur ma face. Bref, ma gueule se prépare à passer le brevet des collèges. Mais ça roule, ma poule, hein. Je me demande toujours si la Seconde Générale est le meilleur choix pour mon avenir, et puis j’oublie tout en dansant frénétiquement sur le dernier 2 titres de Larusso acheté au Continent de Gruchet-Le-Valasse.

Merde, j’ai manqué le Star Club qui parlait du chemin de vie de Larusso…

Bref, en attendant de ressortir ma banane Waikiki pour planquer mon Alcatel jaune, j’ai quand même repris le CrossFit®. Tu me diras, ça fait un moment, non? Mais comme la violence physique n’est pas une option, Patricia, tu m’excuseras si je t’ignores. Tout le monde n’utilise pas son temps de travail pour préparer ses vacances dans le Gers, ma poule. Et tu crois vraiment que c’est la destination idéale pour ton cholestérol?

Trêve de badineries. J’ai repris le CrossFit®, donc. Ca fait maintenant 20 jours. J’ai compté. Et sans faire de traits par terre avec de la magnésie. Parce que je n’ai pas spécialement envie de mourir par strangulation avec un élastique rouge. Et puis, les mises à mort à coups de kettlebells, ça ne fonctionne que dans La Servante Ecarlate. Un vrai gâchis, d’ailleurs. Ca se voit que ça a été tourné avant le COVID, cette connerie. Parce que foutre en l’air du matos alors que tout le monde vend son âme sur le Bon Coin du CrossFitteur, c’est de l’indécence. Ajoutons que pour être clouée au fond d’une piscine à cause d’une KB de 12, il faut y mettre du sien. Je sais bien qu’à Gilead, les fringues sont à chier, qu’il n’y a plus aucun stock de FitAid dans les supermarchés et que les marlous s’imaginent qu’ils sont les plus forts alors qu’ils ont des physiques de ficus, mais là, c’est vraiment se laisser couler. Littéralement. Bref, pour la cohérence du scenario, ça se discute.

Autant te dire que le 9 juin, je n’ai pas eu besoin de mettre mon réveil. C’était un peu comme un voyage à Disneyland quand tu as 11 ans. Ta mère n’a pas besoin de te secouer les puces. D’un sens, heureusement, parce que je ne suis pas certaine qu’elle aurait fait 50 kilomètres pour me voir rouler du lit dans un short Barbie. Mon cartable sac de sport était prêt. Je l’avais vérifié plusieurs fois, histoire de ne pas oublier la moitié du matos dans le salon – place qu’il occupait depuis plusieurs mois, au grand désespoir de Carole, la décoratrice d’intérieur qui vit dans ma tête. Elle ne trouvait pas ça très raccord avec les rideaux en lin. Je lui ai sucré son abonnement à Elle Déco, pour la peine.

J’avais aussi sorti mes fringues, histoire de pas aller woder en pyjama – expérience tentée lors du premier confinement mais très mal notée sur mon Google Reviews. J’ai coordonné un peu l’affaire, afin d’éviter que le coach ne pense que j’étais une zadiste en sarouel qui vient proposer une l’animation « jonglage avec des tronçonneuses ». Et puis, rien qu’à l’idée de ne pas déménager la moitié de la baraque pour faire trois sit-ups m’a comblée de joie.

L’autre choc : sortir de chez soi, sentir l’air frais (enfin, relativement frais parce que ma rue est jonchée de crottes de chien) du muscle frontal au philtrum (eh oh, les dégueulasses, on se calme, ceci n’a rien d’un sous-entendu vaguement sexuel. Genre, tu as cru que je sortais de chez moi en mode commando? Même suite à un abus de Chouffe, je garde vaguement ma morale catholique). Rien qu’arriver à la box semblait vaguement surréaliste. Tellement surréaliste que j’ai fait une vidéo, tiens. Pourquoi? Peut-être parce que j’ai cédé aux appels de la secte des cyber-crétins. Ou parce que, tel un scribe le jour des funérailles de Pharaon, j’ai voulu graver ce jour dans une vaste postérité. Qui sait?

Là, j’ouvre la porte, je saute sur le gel hydroalcoolique avec plus d’aplomb que Rose sur son morceau de porte – sait-on jamais, peut-être un germe en liberté a-t-il sauté sur mes phalanges lors de cette excursion à l’air libre. A travers mon masque, je sens l’odeur délicieuse du sol en gomme, des chaussures restées trop longtemps dans les casiers, des wraps amidonnés par une antique transpiration et des pets induits par l’abus de whey. Ah l’odeur de la maison, du bonheur, de la félicité, des steaks, des presque-vomitos sur l’assault bike, de la transpiration dans le SIF, de la renaissance du monstre de craie. We are back, bitches.

Photo: Alora Griffiths sur Unsplash

Après ces quelques secondes d’errance psychologique, je constate que l’agent double du CrossFit® est toujours là, planté devant le coach. Ce pleutre me tourne le dos. Franc comme un cheval qui recule, comme dirait Colette. Je lui lance un regard en coin. Il ne débite pas encore son fiel. Il faudra attendre un peu…pour les réjouissances. Le coach est encore en train d’y inscrire le WOD. Salaud de tableau. Mais au final, qu’importe le programme. L’essentiel, c’est d’être là, de retrouver les copains et de bouger – ou faire rouler dans un premier temps – le sac qui me sert de corps.

Rapidement, je reprends mes habitudes avec quelques minutes à bicyclette. Ou plutôt de bike. Parce que, même si le rythme est plutôt cool, l’idée est de s’échauffer, pas de faire le tour des guinguettes en bord de Marne. Pour le reste, c’est un peu ce à quoi je m’attendais. Je suis plus ou moins dans le même état que le lifting de Melanie Griffith dès le warm-up. Je transpire tellement que je suis à deux doigts de me qualifier dans l’équipe olympique de natation. Mes articulations font le même bruit qu’un vieux paquet de Krisprolls. Et au-delà de 20 airsquats, j’ai l’impression que mes cuisses vont nous faire une combustion spontanée – alors que l’exercice est plus ou moins mon seul point fort.

La première semaine est l’équivalent physique d’un film de David Lynch : je ne comprends pas tout. Je traverse l’espace-temps en pilote semi-automatique. Je pendouille à la barre comme un jambon Pata Negra au-dessus d’un comptoir de bar à tapas. Je n’attends plus que les patatas bravas. Sauf que la patate, c’est plutôt moi. Et elle n’a pas grand chose de bravas, surtout quand il faut se taper des sprints sur le vélocipède de l’enfer. Dans ma tête, je suis Speedy Gonzalez. Mais en vrai, je suis juste une gerbille qui fait une redescente de LSD. J’ai des courbatures comme jamais. Vraiment. Parce que, au temps où on pouvait encore se faire la bise, je n’avais jamais de courbatures. Jamais. Merci la boisson. La cristalline, hein, et sans Pastaga dedans s’il te plaît. J’hésite même à résilier mon abonnement au profit d’une inscription en EPHAD, avec forfait bowling sur la WII le vendredi soir. Mais je me suis souvenue que je n’aimais pas spécialement le bowling, ni manger avec une paille.

Ta grand-mère, cette cougar…

J’ai l’impression de tout reprendre à zéro. Mais en pire. En fait, je sais ce dont j’étais capable. Mais plus ce dont je suis capable. Je recommence à courir. Après une fracture de la cheville et des mois d’arrêt. Ca me rappelle le cross des écoles, tentant la mort imminente tandis que mon instit de CM1 me gueule d’aller plus vite malgré une crise d’asthme. Je sais faire du kipping, mais mes mains sont douces comme le pelage d’un petit lapin angora (mais sans les poils…). Je crains de tenter le flip arrière au bout d’un pull-up et demi. Et dire que je n’ai même pas pris mon costume à paillettes….

Trois semaines. C’est la moyenne pour reprendre du poil de la bête (sans aucun rapport avec le lapin angora). C’est le coach qui le dit. Bon, ça va. Ca fait seulement 20 jours que j’ai repris. Demain, ça ira mieux, non?

Photo à la une : Eduardo Cano Photo Co. sur Unsplash

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